Retour sur le colloque international sur la question de l’éducation à l’entrepreneuriat

date_range 14 mars 2019 Catégories : Bourdonnement du Réseau.

La Ruche était présente lors du premier colloque international sur la question de l’éducation à l’entrepreneuriat : CREE 2019Ce colloque se tenait à Roanne, en France, les 7 et 8 mars. En parallèle, pendant une quinzaine de jours des dizaines d’étudiants entrepreneurs se sont réunis pour développer des projets de micro-entreprises.

Astrid Meslier, directrice de La Ruche Paris, témoignage.

 

Lors de ce colloque, 14 pays étaient représentés dont le Canada, l’Algérie, le Maroc, la Norvège … ce qui a permis de comparer différents systèmes éducatifs et différentes approches pédagogiques. Participaient des enseignants, des chercheurs, des entrepreneurs, des étudiants entrepreneurs, des décideurs politiques et des praticiens de l’accompagnement, dont la Ruche. L’objectif étant de partager nos pratiques et de dessiner l’éducation à l’entrepreneuriat de demain.

De nombreuses questions passionnantes ont été discuté pendant ces deux journées de riches échanges. En voici, quelques unes :
Comment éduque-t-on à l’entrepreneuriat ? Est-ce que tout le monde peut devenir entrepreneur ? Quels sont les apprentissages manquants dans nos systèmes éducatifs ? Comment passe-t-on de l’envie d’entreprendre à la création d’entreprise ? Est-ce que l’entrepreneuriat doit être social et environnemental ? Doit-on développer l’entrepreneuriat culturel ? Quelle est la philosophie de l’éducation à l’entrepreneuriat ?

Ces réflexions ont eu lieu sous différents formats : workshops, world cafés, conférences, débats… ce qui nous a permis de faire ressortir quelques idées partagées : tout d’abord l’éducation à l’entrepreneuriat ne se limite pas à l’enseignement à l’université des compétences clés pour créer son entreprise, elle englobe également les démarches pédagogiques de sensibilisation à l’esprit d’entreprendre. Favoriser des personnalités entreprenantes, des personnes qui seront à même d’expérimenter des choses, de prendre des risques, d’agir en autonomie est aussi le fruit de l’enseignement à l’entrepreneuriat. Eduquer à l’entrepreneuriat, ce n’est donc pas seulement créer les entrepreneurs de demain, mais favoriser l’esprit d’entreprendre, dans sa vie comme dans sa carrière.

Par ailleurs, l’entrepreneuriat n’a pas à être défini comme social ou environnemental, il doit dorénavant l’être, l’entrepreneur d’aujourd’hui et de demain doit considérer ses impacts sur l’environnement et la société, quoi qu’il advienne. Il doit les considérer comme des coûts et des revenus.

Notre monde aujourd’hui est plein d’incertitudes. Nous avons pris l’habitude de placer l’entrepreneur au coeur de la prise de risque : il est celui qui va créer une structure, un produit, un service, une solution afin de répondre aux besoins et enjeux de notre société. Mais l’entrepreneur ne devrait pas être le seul en situation de vulnérabilité et de capabilité. Nous sommes tous vulnérables, nous sommes tous capables. Nous devrions affronter ensemble l’incertitude et être en soutien de celui qui entreprend et partager avec lui les risques, y compris l’investissement et le risque financiers. Pour cela, il faudrait un apprentissage de la collaboration. Ainsi, lors d’un échec, ce ne serait pas à l’entrepreneur de rebondir, mais au système de rebondir.

En outre, la question de l’éducation à l’entrepreneuriat est pleine de paradoxes, en effet l’on doit travailler sur des changements systémiques, concernant la société, mais lorsque l’on réfléchit à l’entrepreneuriat on pense d’abord à une personnalité entreprenante, alors comment trouver les méthodes pédagogiques qui travaillent sur l’individu mais aussi sur la société ? Autres paradoxes : un entrepreneur doit avoir des compétences dures (hard skills) mais de nombreux entrepreneurs sont des autodidacts et ont des compétences et savoirs transverses ; tout le monde peut suivre un enseignement à l’entrepreneuriat, mais tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur. Alors, fort de toutes ces contradictions, quelle posture doit avoir l’enseignant, l’accompagnant dans un incubateur ?

Il existe une opposition assez marquée entre l’éducation et l’enseignement tels qu’ils sont depuis le 16ème siècle en France et l’apprentissage de l’entrepreneuriat qui repose sur des pédagogies de l’expérimentation (lean start-up, design thinking…). La cohabitation entre l’enseignement théorique descendant et ces méthodes prônant l’expérimentation est difficile. Il en résulte que la posture de l’enseignant en éducation à l’entrepreneuriat doit évoluer afin de mettre l’action au coeur de l’apprentissage tout en gardant un parcours de transmission de savoirs et compétences organisé.

Pour poursuivre ces réflexions, un intervenant enseignant chercheur (M. Saolo Dubard Barbarosa) a proposé de vérifier nos intuitions via des recherches empiriques, pour cela nous pourrions étudier l’éducation à l’entrepreneuriat au travers de 7
angles :

– Quelles sont les compétences qu’un entrepreneur doit développer pour réussir ?

–  Comment pourrions-nous évaluer les différentes méthodes d’enseignement de l’entrepreneuriat

– Quels sont les déclencheurs de l’entrepreneuriat ? (études de la connaissance de soi, des autres, mesure de l’esprit d’entreprendre et bilan de compétences)

– Quels effets produisent les différentes postures de l’éducateur ?

– Quelle est la tolérance des entrepreneurs à l’erreur et l’échec, quel est le taux de survie d’une entreprise post crash ?

– Quel est l’effet de la pédagogie des petits pas, dès l’enfance, sur la réussite de l’entrepreneur ?

– Quelle est la place de l’action dans nos pédagogies ?

 

Pour conclure, la véritable richesse de ces échanges résidait dans la variété des personnes présentes : entrepreneurs, chercheurs, accompagnants, banquiers, décideurs politiques… c’est ensemble que nous ferons évoluer l’éducation à l’entrepreneuriat et que nous insufflerons un esprit d’entreprendre et de partage du risque et la capacité à répondre aux enjeux de société. Je terminerai avec une anecdote entendue lors du colloque : des savants, observant l’anatomie du scarabé : “petites ailes, robuste, disproportionné” ont énoncé que le scarabé était un insecte qui ne pouvait pas voler. Le scarabé, fort heureusement ne pouvait pas les entendre. Le scarabé vole.

 

Pour retrouver le programme, les workshops et les vidéos : creeroanne2019.com




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