Agriculture urbaine : ça pousse à Marseille !

Marseille date_range 17 avril 2018 Catégories : Zoom sur ....
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Alors que Marseille en était quasiment dépourvue il y a 5 ans, les agriculteurs urbains investissent chaque mois un peu plus la cité phocéenne.

C’est un mouvement qui commence à prendre de l’ampleur. Alors que Marseille en était quasiment dépourvue il y a 5 ans, les voilà qui chaque mois investissent un peu plus la cité phocéenne. De qui parle-t-on ? D’agriculteurs d’un genre nouveau : les agriculteurs urbains. Jeunes, connectés et diplômés, ils portent tous l’ambition de reconnecter les citadins à la terre et à la nature.

Fabrice Thuillier est l’un d’entre eux. Membre de l’association Heko Permaculture, il met tout en œuvre depuis plus d’un an pour végétaliser et développer le maraîchage dans des zones fortement urbanisées. Dans les quartiers Nord de Marseille, il a mis sur pied un grand potager au sein de la cité de Frais Vallon. « Cette initiative répond à un désir de nombreux habitants, explique-t-il. Elle est d’ailleurs soutenue par les acteurs publics, ce qui est très encourageant ! » Fabrice Thuillier travaille également à la réalisation d’un autre grand projet. D’ici la fin de l’année, il s’occupera d’exploiter les délaissés d’autoroute de la rocade L2. « L’agriculture urbaine passe par la valorisation de tout type de terrains encore disponibles. Nous avons réussi à convaincre les pouvoirs publics de nous attribuer l’exploitation de certaines voiries abandonnées au terme des travaux. Notre pari sera de mixer des activités productives telles que le micro-maraîchage avec des activités agroécologiques. » À terme, l’ensemble des ces activités sera ouverte aux riverains.

Une bière faite par des Marseillais, pour les Marseillais

Benoît Liotard est également agriculteur urbain. Il y a tout juste trois ans, il a fondé une start-up au nom explicite : Le Paysan Urbain. Spécialisé dans la culture de micro-pousses, son ambition est de proposer aux consommateurs une alimentation locale et saine. « Les micro-pousses sont le parfait intermédiaire entre les graines germées et le mesclun, explique-t-il. Elles sont concentrées en goût et riches en éléments nutritifs : c’est la bombe du végétal ! Au total, on en cultive une dizaine d’espèces. » Alors que l’entreprise a vu le jour en région parisienne, Le Paysan Urbain est en train de s’implanter à Marseille. « Dès le départ, on voulait que ce modèle de production soit reproductible dans d’autres régions. On a choisi de s’étendre à Marseille pour plusieurs raisons : l’essor local des projets en agriculture urbaine, des besoins sociaux forts, l’existence de terrains disponibles avec des partenariats intéressants, et bien sûr un climat favorable à la culture des micro-pousses. »

Et le climat marseillais n’est pas favorable uniquement aux micro-pousses ; on peut également y faire pousser du houblon. Une occasion sur laquelle a sauté Julien Girardon. Cet agriculteur urbain spécialisé dans la végétalisation des toits s’est associé avec la brasserie marseillaise Part Faite. L’objectif : produire une bière locale et participative. « Dès le départ, nous voulions placer l’humain au cœur de ce projet, explique le jeune agriculteur. Les participants récupèrent leurs pieds de houblon et les plantent directement chez eux. On produit ainsi au plus près du consommateur et sans pesticide. » En 2017, le projet a fédéré une cinquantaine de personnes avec la plantation de 90 pieds. Au total, ce sont 5 kg de houblon qui ont été récoltés et qui ont permis de produire 1000 litres de bière. « C’est exceptionnel pour une première production », s’enthousiasme Julien Girardon. Il est d’ailleurs encore temps de participer à l’édition 2018 du projet : une ultime distribution des pieds de houblon aura lieu les 21 et 22 avril prochains lors des 48 heures de l’agriculture urbaine.

« Tout le monde peut devenir agriculteur, même en ville »

Les 48 heures de l’agriculture urbaine, justement, ce sera le prochain grand rendez-vous consacré à ce mouvement. À Marseille, une multitude d’animations seront proposées tout au long du week-end : troc de plantes, initiation à l’apiculture alternative, atelier de création de jardinières partagées… Il y en aura pour tous les goûts ! L’événement est coordonné par la Cité de l’agriculture, structure qui vient tout juste de faire son inauguration à Marseille. Elle porte une grande ambition : fédérer et accompagner les initiatives en faveur de la transition agroécologique.

Démocratiser l’agriculture urbaine, c’est aussi l’ambition de Guillaume Morel. Chercheur à l’institut technique d’horticulture Astredhor, il s’est spécialisé dans les enjeux de production agricole en ville. « Je donne des conférences grand public et développe des projets de recherche qui intègrent l’agriculture urbaine dans la dynamique de la ville, détaille-t-il. Cela permet de la populariser auprès d’acteurs nouveaux comme les urbanistes et les architectes. » Il est également l’auteur de Agriculteurs urbains, un ouvrage qui propose de donner les clés pour se lancer dans l’horticulture. « Tout le monde peut devenir agriculteur, même en ville ! Il existe énormément de techniques simples à mettre en œuvre chez soi, dans son jardin ou sur son balcon. » Et celui-ci de préciser : « Lorsqu’on a envie de produire des végétaux comestibles, on est dans une démarche totalement différente de celle avec les plantes ornementales. On veut partager son savoir-faire, découvrir d’autres gammes de végétaux, améliorer son système de production… Ces aspects-là peuvent pousser à franchir le pas et à se lancer dans l’aventure agricole. » Une aventure qui attire de plus en plus, comme le montre l’essor de l’agriculture urbaine à Marseille.

Yohan Cecere




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